EN QUESTION

Dans cette rubrique, nous aimerions porter à l’attention de nos membres des questions émanant de nos communautés régionales, nationales ou internationales, d’une importance significative, qui sembleraient demander réflexion et quelquefois une action concrète. Ce sera une façon de mieux nous connaître et nous comprendre à travers des réalités qui se confrontent à cause de nos différentes cultures.

Nous nous surprendrons nous mêmes par nos ressemblances et nos différences. Nous progresserons également en percevant mieux les subtilités et les nuances qui nous sont propres. Pour utiliser une phrase typique du mouvement environnemental, nous pouvons toutes agir localement, penser mondialement, mais en sachant que l’environnement est plus qu’un monde physique, c’est aussi un climat mental, émotionnel, affectif, spirituel, qui prévaut forcément autour de nous.

Tous ceux et celles qui veulent contribuer à cette rubrique seront les bienvenus. Les opinions exprimées ne doivent pas avoir de connotations d’engagement politique; elles n’engagent que leur auteur et pas nécessairement l’AMASC.


JOURNEE NATIONALE DE PARDON EN AUSTRALIE

Le 26 mai 1998, baptisé Journée Nationale du Pardon ( non officielle ) en Australie, marqua le début de toute une semaine de Réconciliation Nationale. « Sorry » a été choisi comme expression de regrets et de compassion envers ceux que l’on appelle maintenant «  la génération volée »  - en fait plusieurs générations- d"enfants aborigènes, qui ont été retirés de force à leur famille, et placés dans des institutions afin de les soustraire à leur culture indigène et de les initier à la culture « blanche » . En fait de meilleur futur dans la société il ne leur a été offert que des places de travailleurs manuels ou de domestiques.

Bien que la Journée resta « non-officielle » sous prétexte d’un consensus non absolu sur le besoin de ce pardon parmi tout le peuple Australien, ces excuses nationales furent cependant portées par une lame de fond. Environ un million d’Australiens, comprenant de nombreux politiciens et des personnalités ecclésiastiques, exprimèrent personnellement leurs regrets et leur sympathie envers les «  enfants sacrifiés » dans des « Sorry books ». Les cloches de la cathédrale carillonnèrent, le drapeau aborigène flotta sur les monuments publics y compris le Parlement ( Siège du Gouvernement Australien). Des cérémonies solennelles eurent lieu dans tout le pays pour marquer l’événement.

Mais on entendit aussi des voix dissidentes, empreintes de consternation ou même de colère s’élever contre la nécessité d’une telle manifestation de pardon. L’argument le plus courant rappelait que la politique du « déplacement forcé » -en fait légalisé par plusieurs gouvernements australiens- était préconisé dans l’intérêt des enfants, les sauvant de leur vie très pauvre dans un climat familial déplorable, pour leur donner au contraire la chance d’un avenir « productif ». Cependant s’il est évident que beaucoup, parmi ceux qui s’engageaient à déplacer des enfants étaient animés de réelles bonnes intentions, les récits historiques témoignent néanmoins de façon éloquente que le procédé était loin d’être doux dans sa conception comme dans sa pratique.

Dans les souvenirs des attitudes de l’époque se trouve un discours fait par A.O Neville qui se targue du titre de « Chef Protecteur des Aborigènes » dans l’ouest du pays ,où il est écrit :  « Nous avons pouvoir, dit-il d"enlever tous les enfants à leur mère à n’importe quel moment de leur existence. Allons-nous avoir une population d" un million de noirs dans le Commonwealth ou allons-nous les intégrer dans notre communauté blanche et éventuellement oublier qu’il y eu jamais des aborigènes en Australie ? »

Le rapport des Droits de l’Homme, celui de la commission « Chances Egales » au sujet de la séparation des enfants aborigènes de leurs familles ainsi que le « Torres Strait Islander Children » , appelé aussi « Ramenez-les chez eux » constituent un énorme document rempli de faits de première main, empreint de douleur et de peine, d’abus physique et émotionnel, de rupture, de dépossession et de désespoir. Vous pouvez lire quelques uns de ces documents sur Internet Bringing Them Home Web Site.

Cependant, si l’Australie aujourd’hui, peut être fière d’être la patrie d’une société multiculturelle parmi les plus harmonieuses du monde, la question de réconciliation avec les indigènes et l’assurance d’une communauté juste et équitable pour tous les citoyens sans distinction de race ou d’ethnie, demeure un sujet qui demande le courage de ses convictions et une vigilance constante.

L’Australie n’est qu’un petit morceau dans le patchwork des sociétés humaines mais l’histoire des « enfants volés » nous rappelle la nécessité de rejeter énergiquement les notions coloniales et post-coloniales de supériorité d’une race sur une autre, les définitions restrictives de ce que sont une communauté et l’intérêt national qui ont tellement flétri notre siècle. Chrétiennes et membres d’une association mondiale, nous nous devons d’agir pour affirmer l’égalité innée de tout être humain.

Il est possible de signer un registre électronique de pardon aux enfants volés sur http://apology.west.net.au. Un tel geste de pardon n’est pas une reconnaissance de culpabilité comme beaucoup l’ont interprété en particulier pour des actions dans lesquelles nous n’avions pas personnellement pris part, mais de la sympathie et une reconnaissance de la souffrance, peuvent jouer un grand rôle dans la Réconciliation et la guérison des blessures du passé.

- Joséphine Barcelon, Editor