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L'ART DU PARDON

Réflexions théologiques sur la guérison et la réconciliation par Geiko Müller-Fahrenholz

Publié par WWC Publications, Conseil Mondial des Eglises, 150, route de Ferney 1211 Genève (Suisse)

(Une différente version de ce livre a été publiée en Allemand sous le titre Vergebung mach frei - Vorschläge für eine Theologie der Versöhnung par Verlag Otto Lembeck, Francfort)

Y a t-il un besoin de réconciliation et de son corollaire, le pardon, dans notre monde d'aujourd'hui ? Si oui, comment peut-on l'atteindre ? Dans notre communauté mondiale des Anciennes du S.C, la réponse à la première question est sans aucun doute un oui retentissant parce que nous sommes déjà conscientes de ce problème et l'avons choisi comme thème pour notre prochain congrès mondial. Des réponses à la 2d question sont ce que nous allons chercher dans les prochaines quatre années. Mais il est quand même important de se poser des questions qui semblent évidentes, parce que trouver de vraies réponses demande d'aller au delà de l'évidence.

Ce livre nous invite non seulement à pardonner mais à cultiver le pardon comme un art. Comme vous le savez toutes, pratiquer un art demande du savoir en premier lieu, suivi par un apprentissage de la technique, de la discipline et de la créativité. Müller-Fahrenholz nous fournit des idées à faire germer et un guide, qui peut nous rendre capable de devenir des artistes de la réconciliation et du pardon.

Premièrement que signifie réellement le mot « pardon » ? Dans notre Credo, nous récitons « Je crois au pardon des péchés » mais Müller-Fahrenholz croit que dans notre monde de plus en plus sécularisé, le mot est devenu pratiquement vide de sens voire même inaproprié. Dans la vie de tous les jours, pour arrondir les angles des échanges entre les personnes nous disons souvent « pardon excusez-moi » mais, parce que une telle demande de pardon n'implique pas de réelles conséquences dans notre comportement, cela réduit le pardon à de la simple politesse.

Donc pouvons-nous commencer à regagner une vraie conscience du pardon- à la fois le besoin du pardon et comment le créer-? Pour les chrétiens Müller-Fahrenholz croit qu'il est nécessaire de relire le message de la Bible en particulier le nouveau testament et le symbole central qui est la crucifixion.

Il fait remarquer que le Christianisme, bien que depuis toujours enraciné et devant tout au Judaïsme, a opéré un changement «soteriological» par rapport à l'essence du Judaïsme, selon le Rabbin Albert Friedlander qui écrit que « la révélation spéciale de la religion juive, sa singulière contribution au monde tient à la morale». D'autre part, l'essence du christianisme n'est pas morale mais pardon, cela a été démontré le plus clairement dans la prière de Jésus sur la croix « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font »( Luc 23-34).

Le Problème, et évidemment nous sommes attentives à cela - comme Térésa Porcile nous l'a souligné dans sa conférence à San luis Potosi - est que l'Histoire de l'Eglise ne s'est pas toujours élevée jusqu'à cet idéal. Müller-Fahrenholz écrit que «l'ensemble de la révélation autrefois, avec ses attaques répétées pour blâmer les Juifs à cause de la crucifixion de Jésus- une indication claire que l'Eglise avait maintenu les mécanismes du bouc émissaire que Jésus était venu vaincre ». Le philosophe français, Paul Ricoeur, dont je vous ai parlé dans mon précédent éditorial, va même plus loin. Il cite Max Weber, qui définit l'Etat comme base d'un « monopole de la violence légitime». Comme Ricoeur fait remarquer « Dans l'ancien système théologico-politique qui a, au fond, dominé 'lEurope jusqu'a la Révolution française, il y avait échange de bons procédés entre les deux sphères: l'Etat offrait sa force et donc sa violence; et l'Eglise offrait la légitimation, l'onction».

De façon à quitter cette culture de violence légitimée, de dénonciation du bouc émissaire, et de façon à apprendre à pardonner vraiment, guérir et être guéri, Müller-Fahrenholz propose qu'en tout premier lieu nous rejetions des formes de pensées inapropriées.

Datant de la Réforme, mais aujourd'hui n'étant plus seulement propre aux églises protestantes, il y a ce qu'il appelle « la réduction verticaliste ». De bien des manières, la Réforme fut une réaction à l'abus de pouvoir de l'Eglise. L'intention était donc « retrouver la signification biblique du péché et la bonne nouvelle du pardon ». Müller-Fahrenholz fait remarquer l'imperfection dans ceci : « la tendance à privatiser le péché et le pardon ouvrait la voie à la spiritualisation- ou plutôt à la dématérialisation- de ce que le péché et le pardon implique. Les implications sociales, politiques et économiques de ces notions centrales de la Foi devinrent difficiles à détecter...Cela laisse les questions de Rédemption, y compris le pardon, au royaume de l'évangile, alors que les questions du Monde, incluant l'économie et la politique, appartiendraient au royaume de la loi ».

Mais la réelle faiblesse de l'approche « verticaliste » n'est apparue que dans les temps récents. «Qu'arrive-t-il à un concept strictement vertical quand la réalité à laquelle il se réfère disparaît, quand Dieu est déclaré mort ? » demande Müller-Fahrenholz. Il nous rappelle, si nous ne sommes pas déjà très intensément attentifs à cela, la récente histoire de la Foi et des Idées. «La critique de la Religion formulée par Feuerbach, Marx et beaucoup d'autres insiste pour présenter Dieu comme une simple projection humaine et que les questions des gens sur la Rédemption et le pardon divin sont des besoins religieux qui viennent de désirs sociaux et économiques. Cet Athéisme critique a pavé le chemin pour un monde pratiquement sans Dieu dans les sociétés de l'Ouest, et la perte presque complète de compte à rendre à un être transcendantal...Là ou il n'y a pas de Dieu, il n'y a pas de péché. Et où il n'y a pas de péché il n'y a pas de pardon ».

La démocratie moderne et les changements sociaux légifères, nous ont apportés, entre autres choses, l'accès à l'alphabétisation et l'éducation- au moins pour une partie privilégiée du monde- mais ceci est une aspiration qui ne cesse de croître, même si ce n'est pas toujours réalisable, dans le reste du monde. Müller-Fahrenholz n'affirme pas cela ouvertement, mais je pense que beaucoup de ces idées se basent sur le changement de conscience, qui, étant capable de lire , d'écrire et de s'exprimer, apporte une vue du monde, non seulement à l'individu, ,mais aux sociétés toutes entières. Il raconte que « dans beaucoup de langues européennes » « pécher » ne peut être utilisé que, comme un verbe actif ; la forme passive est impossible.[ Note de l'Editeur :Dans la seule langue asiatique que je parle, ceci est aussi vrai, donc je ne pense pas que ce soit uniquement un phénomène européen.] Nous péchons, mais quand nous sommes l'objet ou la victime de ce péché nous ne pouvons dire que nous avons subi le péché ou que nous sommes péchés contre. Apparemment, « pécher » est une façon de se conduire qui ne connaît que des sujets et non des objets. Cette observation grammaticale révèle un trait significatif de la conscience Européenne, c'est à dire à placer le pécheur au centre de l'attention. »

Ceci est le point central du livre : que pour parvenir à une vraie réconciliation, nous devons penser au-delà de la critique ou de la punition de ceux qui pêchent, qui causent du mal, que se soient nous ou les autres. Ce n'est pas assez de dénoncer la faute ou même de punir. La question du Pardon, dit-il ,va au-delà de la justice, au-delà des bases sur lesquelles la plupart des systèmes légaux sont construits, « la punition des accusés, c'est simplement avoir l'air de croire que c'est la manière de guérir les victimes de leur peine et leur blessure - ce qui est évidemment une illusion.»

C'est pourquoi il est important de retourner au symbole central de la crucifixion, d'essayer de le revoir d'une manière iconographique qui était comme une seconde nature chez nos ancêtres qui ne savaient pas lire et pensaient souvent en dehors de concepts linguistiques. Citant le livre de Gil Bailie «La violence dévoilée : l'humanité à un carrefour »( Crossroad ; New-York,1995), Müller-Fahrenholz nous rappelle que la signification anthropologique est perdue si la responsabilité de cette violence est déplacée de tous à quelques. Etendre la condamnation sur les pharisiens ou les juifs est saper la signification universelle de la crucifixion en faveur d'une théorie familière de perversité. »La crucifixion est là pour nous rappeler notre commune humanité et notre besoin commun de réconciliation.


Une fois accepté ce type de communauté, il est possible d'avancer. Comme allemand, Müller-Fahrenholz analyse le fait de l'holocauste de façons que probablement des « non-allemand » ne partageraient pas. L'holocauste est son modèle d'idée, qui, néanmoins, s'applique à tous les êtres humains, au-delà du fait de nationalité ou d'histoire nationale, qui n'est pas de nier le fait évident que l'holocauste était un événement humain universel. Il écrit « les êtres humains agissent ou échouent non seulement entant qu'individus mais aussi comme membres de famille, associations, de groupes ethniques, et nations...Ceux qui veulent aller au-delà ensemble ont besoin de marcher à travers leur histoire ensemble». Il ajoute, «donc il est faux de dire que seules les victimes peuvent pardonner. Les victimes ont leur histoire aussi, et ils font l'histoire. Leur souffrance influence les générations à venir, spécialement si cela n'a jamais été ouvertement discuté. Il est essentiel de prendre en compte l'impact de souffrance de l'inter-génération et de d'impliquer les générations à venir dans le processus du pardon ».

Je suis personnellement tout à fait d'accord sur la véracité de ce jugement. La famille entière de ma mère a été tuée en un seul jour, à la fin de la seconde guerre mondiale ; elle a été l'unique survivante à travers d'incroyables circonstances. Bien que je sois née quinze ans plus tard, je me souviens encore de cet événement qui a assombri mon enfance. Il fait partie de ce que je suis, il fait partie de mes relations avec ma mère, il fait partie du besoin continuel de réconciliation que j'éprouve envers elle. Maintenant je vis dans un autre pays, et ici, la question de l'impact inter-génération est aussi avec nous, dans le processus complexe et douloureux de réconciliation avec notre peuple aborigènes que nous devons accomplir pour nous guérir ainsi que la société. Si vous regardez votre société, je suis sure que vous trouverez que cette question est une avec laquelle vous vivez.

Je vous ai écrit avant, au sujet de situations dans lesquelles, nous, comme membres d'une organisation non politique, pouvons être présentes dans le monde et agir de façons à faire de ce monde, un lieu réellement meilleur. Le thème du livre de Müller-Fahrenholz est important. Il croit que le pardon est un élément essentiel en politique, rejetant les vues de Dietrich Bonheffer qui pense que le pardon est simplement de catégorie théorique.

Nous ne nous referons pas à des partis politiques, ici, mais aux politiques comme mémoires conscientes et inconscientes d'une nation( ou évidemment d'un groupe de nations). L'honnêteté et la clarté au sujet de l'Histoire et du passé collectif sont, insiste-t-il, « le principe fondamental de n'importe quelle forme de politiques digne de confiance et authentique ».

Le contraire donne des événements tels que ceux que nous avons vu dans l'ancienne Yougoslavie, ou au Rwanda, où la violence a été justifiée par une vue très étroite de l'histoire, avec les serbes par exemple, agissant par ressentiments qui date de la bataille du Kosovo (1389) en 1989.

Un seul challenge que Müller-Fahrenholz expose très clairement, et auquel il croit, s'il est réalisé, peut faire beaucoup pour empêcher la violence et activement guérir, est la notion de nous questionner sur le sens de l'identité. C'est un des sujets que notre plan d'études, actuel, propose. C'est quelque- chose que je crois, nous, anciennes du S.C, pouvons accomplir ensemble .

Chacune de nous avons de multiples identités- comme individu, comme membre d'une famille, comme membres d'une ethnie ou d'une nation, ou encore d'une communauté de personnes homogènes comme nous sommes.Müller-Fahrenholz a un mot magnifique et très èvocatif pour ces identités ; il les appelle « canopies ».

Comme il dit : « les leaders politiques tire beaucoup leur influence de leur habilité à formuler et à représenter cette identité collective...Le Président Milocevic a fourni un nouveau sens de l'identité au peuple serbe après l'effondrement du régime communiste de Yougoslavie en évoquant la mémoire de la bataille de Kosovo.

Il le mets en contraste avec les actions de Feu le président Sadat,( d'Egypte,) lorsqu'il a proposé l'établissement d'une paix devant la Knesset à Jérusalem. « Quand s'est envolé du Caire pour Jérusalem il a laissé la canopie arabe. Sa référence à un seul Dieu qui est dans le cœur des Musulmans, des Chrétiens et des Juifs lui montrait le chemin d'une plus grande tente. Comme un fervent croyant et mystique, il était conscient d'une identité apprise et constituée par la foi, une canopie qui dépasse les tentes tribales et nationales et fournit un sens d'appartenance qui transcende les identités historiques.

Il y'a un revers de la médaille à cela, parce que laisser sa propre canopie, n'est jamais facile. Comme Müller-Fahrenholz fait remarquer, beaucoup de leaders qui ont fait ce pas, y compris Sadat, ont été assassinés, non par un ancien ennemi, mais par leur propre peuple.

Ceci, explique t-il, est une raison, pour laquelle les politiques sont si réticents pour agir au- delà de la sécurité de la tente d'identité et travaillent activement, avec des organisations internationales comme les Nations-Unies. C'est pourquoi il est vital, que cet important travail, qui est un défi politique ne doit pas être laissé aux hommes politiques.

Il croit qu'il est nécessaire de développer des approches intermédiaires (en contraste avec les approches « top niveau » des agences diplomatiques et des leaders - Des communautés de leaders, d'intellectuels, de personnes spirituelles, et d'associations telle que la nôtre, « nous ne suggérons pas ici que les peuples doivent quitter leur canopie nationale ou ethnique, mais les gens ont besoin de créer une sorte d'espace entre leur canopie, afin qu'ils puissent se rencontrer les uns des autres, sans transgresser ». Ceci est de maintes façons, le voyage que nous sommes toutes invitées à faire, pendant les trois prochaines années.

Nous avons déjà une telle richesse de communication et d'amitié- et je suis l'heureuse récipiendaire de tout cela, sur une base pratiquement quotidienne- mais nous avons à aller plus loin pour aider à construire, ce que Teresa Porcile, a appelé une « civilisation de l'amour ». Ceci est plus que juste aimer son voisin, cela signifie travailler, penser, et agir. Cela veut dire traiter des questions telle que la question que Müller-Fahrenholz, appelle les « pouvoirs volés », dans le sens où ce pouvoir a été volé aux peuples indigènes à travers le colonialisme ; à ceux qui, à cause de leur race, ou de leur ethnicité ont été déclarés inférieurs, et donc bons à exploiter ; Aux pauvres et aux opprimés par des élites puissantes ; à ceux qu'il appelle les victimes de la « guerre non déclarée qu'est la dette extérieure.

Tous ces défis nous appellent, tous, à devenir « des artistes du pardon ». Cela fait partie de la quête de ce que signifie être vraiment humain. A la fin, Müller-Fahernholz, nous dit que « la quête pour ce qui est vraiment humain, transcende la race humaine ». C'est pourquoi il dit, qu'agir dans cette voie, est plus qu'une question d'intérêt altruiste, que de faire de « bonnes œuvres », mais un sujet de réalisme politique, et d'intérêt propre. Le terme « village global » n'a seulement de signification, que si nous comprenons ce qu'il signifie réellement. Il n'y a plus assez de place dans ce village pour « les politiques de domination ». Il nous rappelle : « le peuple d'un village, connaît où le village se termine. Il connaît ses frontières. Et ils savent qu'ils sont dedans ensemble. Nous, qui vivons aujourd'hui sommes les premières générations d'humains qui ont été capables de regarder la terre d'ailleurs, et de la voir pour ce qu'elle est ; une petite planète, enveloppée dans de fines couches d'air, une belle arche bleue à l'incroyable vie perdue dans l'immense obscurité de l'univers. Regarder notre planète comme notre propre et seule maison, est nouveau, et puis une expérience effrayante pour beaucoup, bien que les mythes, des cultures anciennes, ont toujours su cela».

Je recommande ce livre à toutes, et espère que beaucoup de vous le lirons. Je vous invite, toutes à rejoindre le processus de réconciliation, et notre réel retour à l'esprit de la création.

Josephine Barcelon.


Les critiques des livres suivants sont reproduites avec l'aimable permission de l'UFASC (Union Française des Anciennes du Sacré-Coeur) L'Association Nationale Française. Ces articles ont paru dans leur journal CARITAS.

«Le sens des mots»

d'Isabelle Mourall (Fayard)

C'est à chacun d'entre nous qu'Isabelle Mourral s'adresse dans son nouveau livre «Le sens des mots». Comme nous le dit Maurice Schumann dans sa préface, l'auteur veut «ramener ceux qui ont le français en partage sur les sentiers du vrai bonheur, en leur enseignant la douceur communicative de bien nommer les choses». Ainsi Isabelle Mourral demeur fidèle à sa double vocation, celle d'enseignante qu'elle fut toute sa vie, sans oublier celle qu'elle reçut au cours de son éducation au Sacré-Coeur, cette recherche du bien qui fut l'objectif, la visée de la conscience.

Notre amie s'attriste à la vue des «mal-aimés» de notre langage... Ces mots à travers lesquels nous entrevoyons, à tort ou à raison, une atteinte à notre liberté. Dans nos esprits modernes, k'autres se sont, peu à peu, vidés de leur contenu: ce sont les «oubliés». Mais, certains on fait fortune, qu'ils soient introduits par de nouveaux savoirs, ou porteurs de modèles sociaux actuels: ces derniers traduisent un besoin, celui de remédier à une solitude profonde, d'être aidé et compris. Il y enfin l'usage abusif des mots et espressions empruntés au vocabulaire religieux: ils ont perdu leur véritable sens; citons seulement «L'état de grâce» évoqué à la suite d'une élection favorable.

Non, «évident» ne veut pas dire «facile»...«croire» ne signifie pas «s'imaginer»...la «vérité» n'est pas une «opinion personelle», ni l'oecuménisme un «accord de convenance».

Nous remercions Isabelle Mourral de nous aider à saisir le rapport essential du langage à la pensée, son rapport à la realité. Merci de nous enseigner le vrai sens des mots.

Nous avons souvent apprécié la pureté et l'exactitude de son langage, lorsque, oubliant la distance qui la sépare maintenant de Marseille, elle est venue régulièrement nous parler, retrouvant pour quelques heures ses anciennes amies du Sacré-Coeur. Elle nous a apporté l'enseignement de l'Eglise sur le véritable sens de la dignité de l'homme, les risques majeurs de l'éducation aujourd'hui, les dangers du «Nouvel âge», sur l'urgence du retour à 'éthique, sur la «tolérance», un des mots qui fait fortune, et sur «l'autorité», un des «mal-aimés» d'aujourd'hui.

 

Paule de MAUVAISIN


Biographie «Geneviève de Gaulle Anthonioz»

par Caroline Glorion, (Éditions Plon)

Une combat sans fin contre les injustices de la societé

La biographie que Caroline Glorion consacre à Geneviève de Gaulle, nièce du Général, est un passionnant récit à deux voix qui retrace le combat d'une vie contre la misère. La journaliste raconte dnas un style sobre et précis, l'héroïne témoigne: «Héroïne», ce mot Geneviève de Gaulle le récuse avec force et lui préfère celui de «résistante».

«L'héroïsme, je n'aime pas ce mot. Les peuples ont besoin d'avoir des modéles, alors on leur invente des héros... Mais la vie ce n'est pas cela. Je ne crois pas qu'il faille chercher à avoir une grande vie ou un grand destin... Il faut essayer d'être juste.»

La présidente d'ATD Quart Monde a été de toutes les résistances. «On ne doit pas se résigner à ce qui nous semble inacceptable. Quand on a un moyen de refuser, il faut l'utiliser. C'est ce qui donne un sens à la vie.»

La sienne est parsemée de malheurs: la mort de sa mère alors qu'elle n'a que 4 ans et demi, puis celle de sa soeur cadette. Elle est réconfortée par une famille soudée et son père Xavier de Gaulle, frère aîné du Général, lui inculque le courage et l'amour de la patrie. Pensionnaire chez les religieuses du Sacré-Coeur, à Metz, elle est une élève studieuse qui se destine à l'École des Chartes. À 18 ans, elle entre dans le Résistance, puis en 1943 dans la clandestinité sous le nom de Geneviève Lecomte. Arrêtée par la Gestapo, elle devient prisonnière au camp de Ravensbruck. Elle y connaît les pires conditions de détention mais aussi la fraternité absolue et la solidarité, luttant sans relâche contre l'anéantissement. À la Libération, elle témoigne avec ses camarades de déportation et fonde l'association des anciennes et internées de la Résistance. En 1958, elle travaille avec son mari, Bernard Anthonioz - autre résistant - au cabinet d'André Malreux au Ministère de la Culture, lorsqu'une rencontre bouleversera sa vie. Le Père Joseph Wresinski lui fait visiter un bidonville à Noisy-le-Grand. «Ce que j'ai vu ce jour-là, ces pauvres gens privés d'eau et d'électricité, a refait sortir ce que j'ai vécu dans le camps.» Sensible au message du Père Joseph qui veut sortir de la logique d'assistance pour permettre aux exclus de retrouver leur dignité de citoyens, elle se consacre à ce combat.

C'est ce refus de l'inacceptable qui la conduire, au sein d'ATD Quart Monde dont elle accepte la présidence en 1954, à lutter contre la grande pauvreté. Geneviève de Gaulle plaide les dossiers devant les pouvoirs publics, harcèle les politiques, prend en charge les dossiers du relogement. Pompidou, Giscard, Mitterrand la reçoivent. En 1988, elle est nommée au Conseil Economique et Social. Son rapport sur les politiques de lutte contre la misère fait grand bruit. Elle tente d'imposer une loi d'orientation sur la cohésion sociale. Chirac la lui promet et elle la défend devant l'Assemblée Nationale, enthousiaste. Abandonnée pour cause de dissolution, une nouvelle loi est aujourd'hui discutée dans l'hémicycle.

Dans le document émouvant, Geneviève de Gaulle nous livre ses convictions et ses engagements. Sa devise : «Seule l'action importe, pas le personne», comme son témoignage bouleversant, nous rendent plus humaines.

 

Francine LEGENDRE