SOUVENIR DE FILOMENA LUCIANI D'AMICO
Au début du mois de juin passé
Filomena m'a téléphoné pour remettre notre rendez vous à
Lugano, puisqu'elle se sentait trop fatiguée pour voyager à ce
moment. Nous avons parlé comme toujours, longuement et
affectueusement, mais je n'aurais jamais pensé que c'était pour
moi la dernière fois que j'entendais sa chère voix.
J'avais rencontré Filomena vers 1973/74, quand une délicieuse Ancienne du S.C., Tea Corradi Dal Verme m'invita pour un thé chez elle, tout à fait à côté de notre maison: nous nous voyions assez souvent à l'Eglise ou bien chez des amis communs, mais cette fois elle recevait, en tant que Présidente des Anciennes de Milan, la Présidente de l'Association Nationale Italienne, Filomena Luciani.
A Rome Mère Barcherini lui avait donné les noms de Francesca Melzi-Kaucisvili et le mien, en lui recommandant de nous chercher pour nous appeler dans l'Association. J'avoue que je n'avais pas été élève de la Mère Barcherini, comme au contraire au moins trois de mes soeurs.
Ma présence au Sacré Coeur n'avait pas été longue, puisque j'y ai seulement passé quelques mois pour préparer ma première Communion à six ans, et après trois années du Gymnase, interrompues par les bombardements. La guerre finie, j'étais désormais à l'Université.
L' éducation "Sacré Coeur" avait été quand même profondément instillée à tous ses 10 enfants par notre Mère, inébranlable Ancienne et Enfant de Marie.
Pendant 16 ans j'ai habité près de Livourne, assez loin de l'unique maison du Sacré Coeur en Toscane, à Florence; mais dès mon arrivée à Milan je me rendis bien volontier à Via San Vittore, où on m'accueillit très affectueusement.
Mais ma vie d'enseignant, en ces années de contestation générale, me dirigea surtout vers d'autres Associations pouvant m'aider à faire face aux situations urgentes et j'ai dû négliger mes Anciennes.
Je raconte tout cela afin de souligner que ma rencontre avec Filomena fut, certainement, déterminante pour moi ainsi que, je crois, pour Francesca: nous avons commencé alors à suivre l'Association de Milan, nous avons pris part au Congrès de Rome (Italien et Européen) de 1975 et nous avons commencé notre "carrière" nationale et internationale.
Je pense pouvoir dire au nom aussi de Francesca que le conseil de Filomena a été toujours très important pour nos actions et qu'il en fut ainsi certainement pour Béatriz Salazar: elle l'appellait son "crooked-minded advocate".
Vous toutes vous pourrez comprendre alors l'affectueuse reconnaissance et l'émotion inspirant ces lignes, au cours de ce qui suit:
1) Filomena Ancienne du Sacré Coeur
2) son engagement réligieux et socio-politique
3) son aspect familial et culturel.
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D'autres amies pourront raconter mieux que moi sa présence d'Ancienne dans les Associations de Rome et Nationale, bien avant le début de mon intérêt pour elles.
Je sais avec certitude que Filomena travailla beaucoup à côté de la Fondatrice du mouvement, Maria Theodoli, et qu'elle participa à la rédaction des premiers Statuts nationaux, ainsi qu'aux initiatives de ces années.
Elle fut Présidente de UNIEASC avant Ina Majorana et participa aux Congrès ("Rassemblements" au début) nationaux et mondiaux: elle m'en racontait épisodes et souvenirs.
Elle visita les
Associations locales italiennes, en cherchant toujours à
susciter partout le même
enthousiasme et le même
engagement qu'elle vivait. Je me la rappelle à Rome (Congrès
italien et Européen en 1975, aux "Frattocchie") et
ensuite aux Congrès italiens suivants: à Milan (Ina Majorana en
était Présidente e j'étais Présidente de l'Association
milanaise); à Rome en 1979; à Padoue en 1981, en présentant
pour l'approbation les nouveaux Statuts italien qu'elle venait de
préparer; à Gênes en 1983; à Rome en 1985, etc.
Partout sa présence
était attentive et importante, cachée parfois par des mots
d'humour. Le voyage de Filomena avec la Mère Caracciolo dans le
but de visiter les écoles RSCJ et les Associations d'Anciennes
en Amérique fut pour l'Association italienne et, je dirais, pour
la Société du Sacré Coeur toute entière, une contribution
sans pareil. L'impact avec des réalités tellement différentes
mais, sous certains aspect, si semblables, ouvra des horizonts
nouveaux aux Anciennes et aux Réligieuses.
Son oeuvre fut certainement très importante pour l'Association
Mondiale. A partir des premiers Rassemblements de Bruxelles et
Rome elle fut à côté des Fondatrices de l'AMASC; on doit a sa
compétence juridique la rédaction des Statuts. Elle fut
Conseillère pour les Statuts de 1966; celui de 1974 fut dressé
chez elle à Salto di Fondi!
Elle prépara avec Denise Peeters et Jacqueline Klomp les Statuts récemment approuvés à San Luis Potosí; à la fin de la longue séance la nouvelle Présidente Mondiale Trish Burns déclara officiellement Filomena "Emérite".
En 1970 elle participa avec 9 Anciennes de tous les Continents à une session du Chapitre des RSCJ et en 1976 pendant le Chapitre suivant elle tint une conférence sur l'engagement politique du chrétien, dont je garde une copie.
Depuis 1972 jusq'en 1978 elle fut "Liaison permanente avec la Maison Mère" et de 1980 à 1994 elle fut une Archiviste de AMASC sans pareil.
Sa position dans l'Association nationale et mondiale l'amena aisément à participer à d'autres Associations Mondiales: déléguée à la Commission d'entente et d'étude pour la constitution de l'OMAAEEC; ensuite Vice Présidente de CONFEDEREX, après Secrétaire du Président de l'OMAAEEC et après 1973 Archiviste de la même Association.
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Elle travailla pour sa Paroisse et son Diocèse de façon constante et précieuse. Elle collabora à la préparation du Congrès du Diocèse de Rome sur "Les attentes de Justice et Charité" en étant secrétaire de la section Centre de Rome; à l'Oeuvre Diocésaine d'Assistance O.D.A. elle suivit le "troisième âge"; elle fut membre actif du Centre d'accueil de la Caritas diocesaine.
Je me souviens qu'elle dût déplacer les rendez-vous avec notre Association, à cause d'une visite pastorale à sa Paroisse mais je rappelle surtout que ce travail était lié intimement avc son activité dans les domaines social et politique. Elle disait toujours que sa formation réligieuse l'engageait à être présente dans le monde.
Certainement pour cette raison en 1943, au moment de la poussée Alliée à travers le Sud de l'Italie, elle participa avec des femmes de tous les mouvements politiques, de Rita Montagnana (communiste) à Maria Cingolani (démochrétienne et Action Catholique), à la fondation de l'U.D.I. (Unione Donne Italiane); elle en sortit quand l'Union prit une seule connotation de parti politique. Son idée était d'unir les femmes en un Mouvement mettant en relief non seulement leur capacités mais aussi leur droits.
A cause de cette
mentalité elle fut appelée lors de la formation du C.A.F.
(Corpo Ausiliario Femminile) constitué par l' Armée italienne
du Sud sur demande des Forces Alliées, semblable au W.A.C.
(Women Auxiliary Corps). Le C.A.F. devait s'occuper des soldats
italiens rejoignant au fur et à mesure les Alliés. Elle fut
nommée au rang de Major et son nom est inscrit au dernier volume
de l'Enciclopédie Treccani. Des Généraux, des Ministres et des
journalistes ont ensuite ignoré ou nié parfois l'existence du
C.A.F., et Filomena réagit par des rectifications bien
documentées.
En particulier elle suivit les soldats italiens rentrant de
Yougoslavie: les Alliés les renfermaient dans des camps
d'internements entourés de barbelés, en tant que dangereux
complices des communistes, qu'ils avaient en réalité combattus.
Son oeuvre fut surtout de médiation, en évitant des fractures
et incompréhensions irréparables.
Elle se dédia en outre à un autre travail, où elle démontra sa compétence et son enthousiasme: la constitution des "Comitati di Quartiere", à côté de personnes d'âge et préparation différentes, tels que Innocenzo Cipolletta (maintenant D.G. de Confindustria).
Elle suivit pendant plusieurs années la première rubrique transmise en direct par la Radio (Sala F - chiamate Roma 3131) en répondant à des questions féminines présentées par téléphone. Elle me dit que le Cardinal Poletti lui avait demandé de participer à cette transmission car il connaissait sa préparation en problèmes juridiques mais surtout car il lui faisait confiance sur sa solidité morale et sa capacité de réagir immédiatement à un dialogue vif et souvent compliqué. Elle reçut ensuite une lettre de felicitations du Cardinal.
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Elle était surprenante pour toutes ses capacités. Elle prenait soin, grâce à sa formation, de sa famille formée avec Giorgio, ses 4 enfants et nombreux petits-enfants; mais aussi sa famille d'origine. Elle suivait tous de près, sans excès mais avec grande efficacité. Par exemple elle prit chez elle un petit-fils pour l'aider pendant un moment difficile pour ses études.
Tout cela ne l'empêchait pas, mais au contraire semblait la stimuler, à continuer à être bien au courant dans les domaines dont elle s'intéressait: littérature, art, théâtre, cinéma; car parmi sa famille elle comptait des professionnels de ces secteurs bien connus. Il suffit de voir tous les livres, les tableaux et leur qualité chez elle à Via Nazionale, ou l'avoir entendue parler de pièces de théâtre, de films italiens ou étrangers pour s'en rendre compte.
Une jeune fille de Florence a
récemment utilisé pour sa thèse en littérature l'important
courrier échangé entre Filomena et Jaime Pintor. Prochainement
cette oeuvre sera publié non seulement en tant que document
littéraire, mais aussi comme témoignage d'une période
culturellement intense et d'une vie si différente de la
présente pour les intérêts et sentiments des jeunes.
Elle avait ce que en
italien on nomme des "mani d'oro": avez-vous vu ses
grand tapis brodés par elle à petit point, avez-vous trouvé
aux bazars de bienfaisance ses broderies et les fruits de sa
fantaisie?
Sa maison était donc accueillante et joyeuse comme elle,
toujours prête à accueillir des amis à sa table ou à offrir
son hospitalité "5 étoiles".
Un chapitre à part mériterait sa préparation de la "Befana" (6 janvier) où toute sa famille se réunissait chez elle. Cadeaux pour tout le monde, mais préparés et pensés à l'avance avec amour et soin pour les goûts, les désirs et l'utilité.
Par le même soin et le même amour elle a laissé une liste des choses, même précieuses, destinées à ses parents, aussi en prévoyant les noces de quelqu'un!
Je ne considère certainement pas exhaustif mon long récit; mais comme un dernier coup de pinceau sur le portrait de sa personnalité je veux citer ce que Giorgio Luciani m'a raconté; entre les papiers trouvés après sa mort il y avait une enveloppe renfermant le texte de la liturgie choisie par elle pour ses funérailles.
C'est typique pour une personne toujours prête à l'activité et à l'engagement, mais toujours penchée vers le vrai et important But de toute sa vie.